Écrire clairement à l’ère des modèles de langage

La mauvaise écriture ne résulte pas nécessairement d’une volonté d’obscurcir des idées simples ou de réserver un savoir à un cercle d’initiés. Des personnes brillantes peuvent produire des textes incompréhensibles simplement parce qu’elles ne savent plus distinguer ce qui leur paraît évident de ce que leur lecteur connaît réellement.

Cette difficulté relève principalement de la « malédiction du savoir » : une fois une information acquise, il devient difficile d’imaginer l’état mental de quelqu’un qui ne la possède pas. Acronymes inexpliqués, jargon professionnel, abstractions et références implicites apparaissent alors naturellement sous la plume, même en l’absence de toute intention d’exclure.

Une écriture efficace doit donc accomplir plusieurs opérations complémentaires : reconstruire le contexte absent, adopter le point de vue du lecteur, rendre les idées perceptibles par des exemples et des images, équilibrer abstraction et précision, travailler la musicalité des phrases et supprimer les mots inutiles. Les modèles de langage compliquent cette exigence : ils produisent généralement des textes clairs et bien ordonnés, mais aussi génériques, prévisibles et dépourvus de fraîcheur.

La malédiction du savoir

Pourquoi des personnes compétentes écrivent mal

L’explication la plus courante attribue la mauvaise écriture à une stratégie délibérée : certains spécialistes utiliseraient un vocabulaire opaque pour donner une apparence de profondeur à des idées banales, afficher leur sophistication ou empêcher les personnes extérieures d’accéder à leur domaine.

Cette interprétation ne suffit pas. De nombreux spécialistes possèdent réellement des connaissances importantes, ne cherchent pas à dissimuler leur propos et restent pourtant incapables de l’exprimer clairement. Leur difficulté ne relève pas d’un manque d’intelligence générale, mais d’une incapacité ponctuelle à représenter ce que leur public sait ou ignore.

Le principe associé au rasoir de Hanlon consiste à ne pas attribuer à la malveillance ce qui peut être suffisamment expliqué par l’incompétence. Appliqué à la communication, il invite à rechercher d’abord une mauvaise appréciation du public plutôt qu’une volonté d’obscurcissement.

Un biologiste moléculaire peut ainsi présenter des travaux importants devant un public issu de la technologie, du divertissement et du design en reprenant exactement la présentation destinée à ses confrères. Il entre immédiatement dans les expériences, emploie le jargon de sa discipline et omet d’expliquer le problème étudié ou son importance. Toute la salle comprend rapidement que personne ne suit, sauf l’intervenant lui-même.

L’impossibilité de soustraire spontanément ce que l’on sait

La malédiction du savoir désigne la difficulté à retrouver mentalement ce que signifie ne pas connaître une information déjà acquise. Elle empêche de répondre correctement à des questions élémentaires :

Cette défaillance est également assimilable à une forme d’égocentrisme ou à une absence momentanée de théorie de l’esprit : le rédacteur ne représente pas correctement ce qui se déroule dans l’esprit d’autrui.

Ses manifestations sont concrètes :

Dire que « le niveau du stimulus était proportionnel à l’intensité de la réaction » peut masquer une observation beaucoup plus accessible : des enfants ont regardé un lapin plus longtemps qu’un camion. L’abstraction paraît naturelle au spécialiste parce qu’elle appartient à son environnement intellectuel. Elle empêche pourtant le lecteur de voir ce qui s’est réellement passé.

Sortir du cercle des initiés

L’empathie intellectuelle ne suffit pas

Une première méthode consiste à imaginer ce que ressent une personne qui ne possède pas les mêmes connaissances. Cette tentative d’empathie est utile, mais structurellement insuffisante : lorsqu’une évidence implicite échappe au rédacteur, celui-ci ne peut pas savoir qu’il devrait la remettre en question.

La correction exige donc un véritable lecteur. Celui-ci ne doit pas nécessairement représenter l’ensemble de la population. Il doit correspondre au public visé tout en restant extérieur au domaine de spécialisation.

Un lecteur peut être intelligent, cultivé et intellectuellement curieux sans être psychologue cognitif ou psycholinguiste. Cette différence suffit pour révéler des notions inexpliquées, des transitions manquantes et des formulations qui ne fonctionnent qu’entre spécialistes.

L’éditeur joue le même rôle lorsqu’il est compétent mais extérieur au champ traité. Des universitaires appartenant à d’autres disciplines peuvent également tester l’intelligibilité d’un propos. Même au sein d’un département, voire d’une subdivision disciplinaire, des étudiants immergés dans un laboratoire composé de quelques personnes peuvent devenir incompréhensibles dès qu’ils sortent de ce cercle.

Tester l’intelligibilité réelle

La bonne question n’est pas seulement de savoir si les phrases sont grammaticales ou exactes. Il faut déterminer si une personne réelle comprend :

Un retour comme « je ne sais pas de quoi vous parlez » constitue une information plus utile qu’une impression personnelle de clarté. La lisibilité ne se déduit pas de l’intention du rédacteur : elle se vérifie auprès de celui qui lit.

Pourquoi écrire est plus difficile que parler

La conversation dispose d’un contexte commun

Deux personnes ne commencent généralement pas une conversation après avoir été déposées au hasard sur une scène. Elles savent pourquoi elles se trouvent ensemble et partagent déjà une partie du sujet. Cette base commune permet d’utiliser des expressions comme « ceci », « cela », « la chose dont je parlais » ou « elle » sans préciser chaque référence.

À l’écrit, ce contexte disparaît. Une personne peut prendre un livre sur une étagère sans avoir rencontré celui qui l’a écrit, vivre dans un autre pays ou lire longtemps après la mort du rédacteur. Tout ce qui est nécessaire à la compréhension doit alors être disponible sur la page.

L’écrit supprime les mécanismes de correction immédiate

La conversation fournit aussi des signaux continus :

Ces indices permettent au locuteur de reformuler instantanément. Le rédacteur n’en dispose pas. Il doit anticiper les incompréhensions ou les découvrir après coup grâce à des lecteurs extérieurs.

L’écriture n’est donc pas une simple transcription de la parole. Elle impose de reconstruire le contexte et de simuler une interaction absente.

Faire voir ce que les mots désignent

Le langage est un moyen, non une finalité

Comprendre une idée ne consiste pas à conserver une suite de mots, de voyelles et de consonnes. Le langage sert à provoquer une représentation qui peut être visuelle, corporelle, émotionnelle, auditive ou conceptuelle.

Une écriture claire permet fréquemment au lecteur de former une image mentale. Elle préfère alors l’objet observable au terme générique : un lapin plutôt qu’un « stimulus », une action plutôt qu’un « processus », une scène plutôt qu’un « paradigme ».

Des mots comme « niveau », « perspective », « cadre », « paradigme » ou « concept » peuvent être utiles dans un contexte professionnel. Ils restent toutefois difficiles à visualiser lorsqu’ils ne sont accompagnés d’aucune réalité concrète.

La puissance des métaphores visuelles

Les écrits des siècles précédents paraissent parfois plus évocateurs parce qu’ils ont été composés avant l’accumulation de plusieurs siècles d’abstractions intellectuelles. Pour désigner l’agression ou le comportement antisocial, il fallait s’appuyer sur une image appartenant à l’expérience commune, par exemple l’esprit du faucon entrant dans la chair.

Les termes abstraits modernes permettent de condenser de vastes ensembles de connaissances. Un biologiste doit pouvoir parler d’écosystèmes, d’espèces, de systèmes, de réactifs ou de potentialisation sans reprendre chaque fois les explications élémentaires.

Cette compression est indispensable entre spécialistes. Le problème apparaît lorsque le même vocabulaire est transféré à un public qui ne possède pas les connaissances condensées dans ces mots. Ce qui constitue une économie à l’intérieur d’une profession devient une barrière à l’extérieur.

Relier généralisation et exemple

Une généralisation seule efface trop de détails

Une généralisation compresse l’information en éliminant les particularités. Elle peut alors devenir si large que le lecteur ne sait plus précisément à quoi elle s’applique. Les mots abstraits sont particulièrement exposés à cette ambiguïté, car un même terme peut évoquer de nombreux concepts.

L’exemple délimite le sens. Il indique le domaine concerné, révèle ce que la formulation générale recouvre et permet de vérifier qu’elle a été réellement comprise.

L’affirmation selon laquelle une expression familière ne correspond pas nécessairement au sens littéral de ses composants reste vague sans illustration. Elle devient intelligible avec les exemples suivants :

Les exemples ne décorent pas la généralisation : ils en déterminent la signification concrète.

Un exemple seul ne fournit pas de direction

L’insuffisance inverse existe également. Une suite de faits ou d’anecdotes, sans généralisation, ne permet pas de comprendre pourquoi ils sont présentés ni ce qu’il faut en déduire.

La qualité de l’explication repose sur un mouvement entre contexte et compression :

Décrire pendant cinq heures un trajet en train vers Boston fournirait trop de détails. Dire seulement que le voyage a été facile ne transmettrait presque aucune information. L’écriture efficace recherche le niveau de compression qui conserve suffisamment de contexte pour produire une compréhension réelle.

Les irrégularités du langage comme instrument d’explication

Les jeux de mots sur « adults » et « adultery », « infants » et « infantry », « olive oil » et « baby oil », ou encore sur les verbes imaginaires que sembleraient présupposer « fingers », « grocers », « hammers », « humdingers », « ushers » et « haberdashers », ne relèvent pas seulement de la fantaisie.

Ils révèlent plusieurs propriétés du langage :

L’huile d’olive est produite à partir d’olives, tandis que l’huile pour bébé est destinée aux bébés. La relation sémantique entre les deux composants n’est donc pas identique.

Le suffixe anglais « -er » transforme encore couramment un verbe en nom désignant une personne qui accomplit l’action, comme dans « singer ». Son apparition dans « finger » ne fonctionne pas selon cette règle actuelle. Certains mots conservent ainsi, comme des fossiles, la trace de processus linguistiques depuis longtemps disparus.

Ces irrégularités montrent pourquoi une expression familière ne peut pas toujours être interprétée en additionnant mécaniquement le sens de ses parties.

Donner une dimension esthétique à la prose

Former une image et travailler le son

La clarté ne suffit pas à produire une écriture agréable. La prose peut également rechercher :

Lire son propre texte à voix haute, ou au moins le murmurer, permet d’évaluer sa fluidité. Une phrase difficile à articuler risque également d’être difficile à prononcer mentalement pendant la lecture.

La langue ne suit pas un battement parfaitement mécanique, mais elle possède des rythmes. Une rupture excessive de ces rythmes gêne aussi bien la parole que la lecture silencieuse.

Le choix d’un synonyme peut alors répondre à une raison sonore : éviter une accumulation de sifflantes ou introduire une allitération légère qui facilite le déroulement de la phrase. Cet effet doit rester discret. Trop visible, il paraît fabriqué.

La langue comme source de plaisir

Une prose claire réduit l’effort, mais une prose travaillée ajoute une possibilité de plaisir. À l’inverse, un style guindé, lourd et gonflé transforme la lecture en contrainte.

La mauvaise écriture entraîne ainsi plusieurs pertes simultanées :

Lorsqu’un paragraphe doit être relu cinq ou six fois, le lecteur peut encore se tromper sur son sens. Même s’il finit par comprendre, l’effort demandé détourne son attention de l’idée elle-même.

La fraîcheur des explications enfantines

Les enfants produisent parfois des formulations comme « les nuages sont de la vapeur d’eau » et « la fumée est de la vapeur de feu ». Ces rapprochements créent une forme de poésie parce qu’ils reposent sur une observation directe et une combinaison inattendue.

Les enfants ne disposent pas encore d’un stock important de jargon, d’abstractions et de clichés. Ils doivent s’appuyer sur ce qu’ils voient et sur ce que les autres peuvent également voir. Leur regard reste disponible pour des questions comme :

Cette fraîcheur ne vient pas d’une méthode intellectuelle formalisée. Elle tient à l’absence des catégories et des automatismes qui enferment progressivement la pensée dans des expressions convenues.

Les séquences télévisées consacrées aux réponses d’enfants exploitaient déjà cette capacité. L’expression « Kids Say the Darnedest Things », associée à Art Linkletter, a survécu sous la forme d’une formule réutilisée. Johnny Carson présentait également des réponses d’enfants pour leur caractère inattendu et comique.

Humour, brièveté et précision

La fraîcheur comme condition de l’humour

L’humour forcé provoque davantage de gêne que de rire. Il doit être pertinent, adapté à la situation et suffisamment neuf. Une formule entendue des dizaines de fois perd une grande partie de son effet.

L’humour partage donc plusieurs propriétés avec la bonne écriture : précision, surprise, économie et refus du cliché.

Supprimer les mots inutiles

La formule tirée d’Hamlet, « brevity is the soul of wit », associe directement brièveté et esprit. Le mot « soul » condense l’idée d’essence profonde tout en restant monosyllabique. La phrase démontre ainsi son propre principe.

La règle « omit needless words », reprise dans The Elements of Style, fonctionne de la même manière : elle ne contient elle-même aucun mot inutile.

Une contrainte de longueur peut améliorer un texte. Lorsqu’un journal impose exactement 800 mots, le rédacteur doit conserver le sens tout en supprimant ce qui n’est pas indispensable. L’opération révèle souvent que la version considérée comme achevée contenait encore des répétitions, des expressions molles et des clichés.

Chaque syllabe et chaque mot exigent un traitement cognitif. Transmettre le même message plus rapidement réduit donc l’effort du lecteur. La compression améliore aussi la qualité esthétique en obligeant à respecter davantage le rythme et la mélodie de la langue.

Dans l’humour, cet impératif devient encore plus net. Une plaisanterie trop longue annonce sa chute, l’affaiblit ou l’écrase sous les explications. Une formulation courte rend l’effet plus direct.

La transformation historique du style

Pourquoi les écrits anciens paraissent plus travaillés

Des figures qui n’étaient pas écrivains professionnels, comme John D. Rockefeller, Thomas Edison, Herbert Spencer, Oliver Wendell Holmes ou Charles Darwin, pouvaient produire une prose particulièrement travaillée.

Plusieurs facteurs contribuent à cette qualité :

La prose représentait davantage l’individu, comme son apparence physique pouvait le représenter en société. Elle faisait donc l’objet d’un travail comparable à celui consacré à la présentation de soi.

L’informalisation de la société

Depuis plus d’un siècle, un mouvement d’informalisation transforme les comportements et la langue. Ses manifestations apparaissent dans différents domaines :

Cette évolution accompagne la démocratisation et l’érosion des hiérarchies traditionnelles de classe et d’éducation. Elle valorise l’authenticité, la spontanéité, l’intimité et le naturel, au détriment de la formalité et de la préparation visible.

Une prose très travaillée peut désormais être perçue comme pompeuse, guindée ou distante. La langue conversationnelle s’est par conséquent imposée dans une grande partie de l’écriture moderne. Cette évolution renforce l’accessibilité, mais peut aussi réduire la place accordée à la beauté formelle et à la précision stylistique.

L’écriture produite par les modèles de langage

Une clarté correcte mais une prose générique

Les grands modèles de langage produisent une prose particulière. Elle est généralement satisfaisante sur plusieurs plans :

Cette production reste néanmoins souvent banale, prosaïque et reconnaissable. Elle peut être techniquement correcte sans posséder de style propre, de fraîcheur ou d’originalité.

Cette faiblesse découle de leur conception : ils combinent et recomposent des milliards d’exemples. Leur fonctionnement favorise donc une forme de pastiche moyen plutôt qu’une expression singulière.

Des consignes stylistiques pourraient peut-être limiter cette banalité, mais la production spontanée n’est pas orientée vers la recherche d’une voix neuve.

Pourquoi leur syntaxe reste généralement saine

La qualité formelle des modèles pourrait provenir de l’affinage, de l’apprentissage par renforcement et des retours humains. Des personnes réelles contribuent à modeler les réponses pour leur donner une organisation attendue, par exemple celle d’un développement en cinq paragraphes.

Une autre hypothèse repose sur une analogie avec la beauté visuelle. Lorsqu’un grand nombre de visages sont fusionnés, le visage composite peut paraître plus séduisant que les visages individuels. De la même manière, l’élimination statistique des constructions les plus maladroites pourrait produire une syntaxe moyenne, claire sans être belle.

Cette interprétation reste spéculative. Elle permet toutefois de distinguer deux qualités souvent confondues : une prose peut être saine et compréhensible sans être vivante ou mémorable.

Les modèles de langage et l’intelligence humaine

L’efficacité des modèles impose de reconnaître la puissance de l’extraction de régularités à partir d’immenses quantités de données. Les approches fondées sur les règles, les algorithmes, la logique, la programmation logique, la linguistique chomskyenne et l’intelligence artificielle classique accordaient moins de place à cette capacité.

Il était difficile d’imaginer qu’un réseau neuronal associatif puisse extraire des idées cohérentes et une prose intelligible à partir d’une masse d’entrées non structurées. Les résultats obtenus obligent à reconsidérer le poids attribué à l’apprentissage statistique.

Ils ne démontrent cependant pas que l’esprit humain fonctionne comme un grand modèle de langage. Un enfant n’a pas besoin d’écouter l’équivalent de trente mille années de langage avant de produire sa première phrase. Il n’apprend pas non plus en recevant seulement une quantité massive de textes.

L’enfant est situé dans le monde. Il agit, interagit et cherche à comprendre ce que les personnes veulent lui communiquer. Son apprentissage associe le langage à des intentions, des objets, des événements et des expériences. Cette situation diffère profondément d’un traitement fondé principalement sur d’immenses corpus textuels.

Mise en pratique

  1. Définir le lecteur réel. Déterminer ce qu’il connaît, ce qu’il ignore et le niveau de spécialisation qu’il possède.
  1. Présenter le problème avant les détails. Expliquer ce qui est étudié et pourquoi cela compte avant d’entrer dans les expériences, les mécanismes ou le jargon.
  1. Repérer les connaissances implicites. Examiner chaque acronyme, terme technique, pronom, référence et abstraction pour vérifier si le lecteur peut les interpréter sans contexte extérieur.
  1. Remplacer les abstractions inutiles. Préférer l’objet, l’action ou la scène observable lorsqu’un terme générique masque la réalité décrite.
  1. Associer chaque généralisation à un exemple. Utiliser l’exemple pour préciser le sens, puis formuler explicitement ce qu’il permet de comprendre.
  1. Associer chaque exemple à une idée générale. Indiquer pourquoi le cas est présenté et quelle propriété il met en évidence.
  1. Faire lire le contenu à une personne extérieure au domaine. Choisir un lecteur correspondant au public visé, mais ne partageant pas le jargon du cercle professionnel.
  1. Demander un retour sur la compréhension. Vérifier si le lecteur peut identifier le problème, la logique, les notions centrales et la portée des exemples.
  1. Lire chaque passage à voix haute. Corriger les phrases difficiles à articuler, les ruptures de rythme et les accumulations sonores désagréables.
  1. Réduire sans altérer le sens. Supprimer les mots inutiles, les répétitions, les clichés et les formulations abstraites qui n’ajoutent aucune information.
  1. Préserver une part de plaisir. Utiliser avec discrétion les images, le rythme, l’allitération, l’humour et les rapprochements inattendus.
  1. Contrôler les productions générées par IA. Conserver leur clarté structurelle, mais rechercher les formulations génériques, les ouvertures prévisibles, les conclusions automatiques et l’absence de voix propre.

Erreurs à éviter

Le principe décisif

Écrire clairement consiste d’abord à reconnaître que le lecteur ne sait pas ce que le rédacteur sait. Cette asymétrie impose de reconstruire le contexte, définir les notions, rendre visibles les réalités désignées et tester la compréhension auprès d’une personne extérieure au cercle des spécialistes.

L’efficacité repose ensuite sur un équilibre : la généralisation compresse, l’exemple précise ; l’abstraction facilite le travail spécialisé, l’image ouvre la compréhension ; la brièveté réduit l’effort, le rythme et la sonorité ajoutent du plaisir.

La principale erreur consiste à laisser la familiarité décider de ce qui mérite une explication. Une expression peut sembler parfaitement claire à celui qui l’emploie tout en restant vide pour son lecteur.

Les modèles de langage rendent cette vigilance plus importante. Leur prose est souvent structurée et intelligible, mais sa correction moyenne ne garantit ni fraîcheur, ni beauté, ni pensée originale. Une écriture réellement efficace ne se contente pas d’organiser des phrases : elle permet à une autre personne de voir, comprendre et retenir une idée.