Méthode d’ingénierie des connaissances : comment mener un projet de Knowledge Engineering ?

Un projet d’ingénierie des connaissances ne commence pas par le choix d’un logiciel, d’un modèle de langage ou d’une base de données.

Il commence par un problème précis.

Le système doit-il :

La méthode consiste ensuite à identifier les connaissances nécessaires, à les recueillir, à les représenter, à les tester et à les maintenir.

Un bon projet de Knowledge Engineering part des décisions et des questions à traiter, pas des technologies disponibles.

Ce que vous allez comprendre

À la fin de cet article, vous saurez :

Vue d’ensemble de la méthode

1. Définir le problème
2. Identifier les utilisateurs
3. Formuler les questions
4. Définir le périmètre
5. Recenser les sources
6. Acquérir les connaissances
7. Construire le vocabulaire
8. Modéliser
9. Implémenter
10. Tester
11. Valider
12. Déployer
13. Maintenir
14. Mesurer et améliorer

Le processus n’est pas entièrement linéaire.

Les tests peuvent révéler :

Le projet doit donc fonctionner par itérations.

Étape 1 — Définir le problème

Le problème doit être formulé de manière opérationnelle.

Formulation trop vague

Améliorer la gestion des connaissances.

Formulation plus précise

Permettre aux techniciens de retrouver la procédure applicable à un incident réseau en moins de deux minutes.

Autre exemple :

Déterminer si un participant possède les prérequis nécessaires pour une formation.

Une bonne définition précise :

Étape 2 — Identifier les utilisateurs

Les utilisateurs peuvent être :

Leurs besoins diffèrent.

Un expert peut vouloir :

Un client peut vouloir :

Étape 3 — Définir les décisions et actions

Le système doit-il :

Cette étape évite de construire une base de connaissances sans usage réel.

Étape 4 — Formuler les questions de compétence

Les questions de compétence décrivent ce que le système devra savoir traiter.

Exemple pour la formation :

Exemple pour le support :

Les questions servent à :

Étape 5 — Définir le périmètre

Un projet ne doit pas chercher à représenter tout un domaine.

Exemple :

Un assistant de support consacré aux routeurs n’a pas nécessairement besoin de représenter :

Le périmètre doit préciser :

Étape 6 — Identifier les parties prenantes

Les parties prenantes peuvent inclure :

Partie prenanteRôle
Expert métierFournir et valider les connaissances
Knowledge EngineerStructurer le modèle
UtilisateurDéfinir les besoins réels
DéveloppeurImplémenter le système
Responsable qualitéContrôler les processus
Responsable sécuritéGérer les accès
DirectionDéfinir les priorités
Responsable documentaireMaintenir les sources

Étape 7 — Recenser les sources

Les sources peuvent être :

Pour chaque source, il faut évaluer :

Matrice des sources

SourceFiabilitéFraîcheurCouvertureAccès
Procédure officielleÉlevéeVariablePartielleInterne
Expert principalÉlevéeActuelleContextuelleDisponible
Historique des incidentsMoyenneActuelleLargeRestreint
Ancienne documentationFaibleAncienneLargeLibre

Cette matrice aide à prioriser.

Étape 8 — Acquérir les connaissances

L’acquisition des connaissances peut utiliser :

Il faut recueillir :

Étape 9 — Recueillir des cas réels

Les cas concrets permettent d’éviter les modèles trop théoriques.

Il faut sélectionner :

Pour chaque cas :

Situation
Informations disponibles
Décision prise
Règle utilisée
Exception éventuelle
Résultat

Étape 10 — Construire le vocabulaire

Le vocabulaire doit définir :

Exemple :

Terme principal :
Graphe de connaissances

Synonyme :
Knowledge graph

Définition :
Structure représentant des entités et leurs relations.

Étape 11 — Définir les concepts

Chaque concept doit posséder une définition.

Exemple :

Concept :
Session de formation

Définition :
Événement daté mettant en œuvre une formation pour un groupe de participants.

Cette définition distingue la session du programme de formation.

Étape 12 — Construire une taxonomie

La taxonomie organise les concepts.

Personne
├── Participant
├── Formateur
└── Administrateur
Ressource pédagogique
├── Formation
├── Certification
└── Évaluation

La taxonomie constitue souvent la première version du modèle.

Étape 13 — Définir les relations

Exemples :

Participant → possède → Compétence
Formation → développe → Compétence
Session → met en œuvre → Formation
Formateur → anime → Session

Chaque relation doit être définie.

Fiche de relation

Nom :
développe

Sujet :
Formation

Objet :
Compétence

Définition :
Indique qu’une formation vise l’acquisition ou l’amélioration d’une compétence.

Étape 14 — Formaliser les règles

Exemple :

SI le participant possède le niveau requis
ALORS il peut s’inscrire à la formation.

Une règle doit préciser :

Étape 15 — Identifier les contraintes

Exemples :

Une session doit correspondre à exactement une formation.
Une formation doit développer au moins une compétence.
Une date de fin doit être postérieure à la date de début.

Les contraintes permettent de contrôler la cohérence.

Étape 16 — Choisir la représentation

Le choix dépend du besoin.

BesoinReprésentation
Classer des contenusTaxonomie
Gérer des synonymesThésaurus
Définir les conceptsOntologie
Relier des entitésGraphe
Appliquer des décisionsRègles
Rechercher des textesIndex vectoriel
Répondre avec un LLMRAG
Relier plusieurs sourcesGraphRAG
Combiner plusieurs besoinsArchitecture hybride

Étape 17 — Construire un modèle minimal

Il est préférable de commencer petit.

Exemple :

4 types d’entités
6 relations
10 règles
20 cas de test

Le modèle minimal doit déjà répondre à une question utile.

Cette approche réduit le risque de surmodélisation.

Étape 18 — Choisir les outils

Le choix des outils intervient après le modèle.

Les familles possibles comprennent :

La page Outils de Knowledge Engineering présente ces options.

Étape 19 — Implémenter

L’implémentation peut comprendre :

Étape 20 — Conserver la provenance

Chaque connaissance importante doit être accompagnée de :

Source
Date
Version
Auteur
Statut
Périmètre
Niveau de confiance

Exemple :

Règle :
Un incident sans solution de contournement est critique.

Source :
Procédure support 4.2.

Statut :
Validée.

Date :
12 juillet 2026.

Étape 21 — Construire les tests

Les tests doivent être définis avant le déploiement.

Tests de couverture

Le système répond-il aux questions prévues ?

Tests d’exactitude

Les réponses sont-elles correctes ?

Tests d’exceptions

Les cas particuliers sont-ils traités ?

Tests de contradiction

Le système détecte-t-il les sources incompatibles ?

Tests de fraîcheur

Les anciennes versions sont-elles exclues ?

Tests de refus

Le système sait-il signaler qu’il ne sait pas ?

Tests de sécurité

Les droits d’accès sont-ils respectés ?

Étape 22 — Valider avec les experts

La validation doit porter sur :

Les experts ne doivent pas seulement valider le modèle abstrait.

Ils doivent tester des cas réels.

Étape 23 — Tester avec les utilisateurs

Les utilisateurs doivent vérifier :

Un modèle techniquement correct peut rester inutilisable.

Étape 24 — Définir les indicateurs

Exemples :

Étape 25 — Déployer progressivement

Un déploiement progressif peut suivre :

Prototype
  ↓
Test expert
  ↓
Pilote limité
  ↓
Déploiement à un service
  ↓
Extension

Cette approche réduit les risques.

Étape 26 — Organiser la gouvernance

La gouvernance définit :

Cycle de vie

Proposée
  ↓
À valider
  ↓
Validée
  ↓
Publiée
  ↓
À réviser
  ↓
Obsolète

Étape 27 — Maintenir les connaissances

Les connaissances évoluent.

La maintenance peut être déclenchée par :

Étape 28 — Gérer les versions

Il faut savoir :

Étape 29 — Améliorer par boucles

Une boucle d’amélioration peut être :

Utilisation
  ↓
Erreur ou manque détecté
  ↓
Analyse
  ↓
Modification de la connaissance
  ↓
Validation
  ↓
Nouveau test
  ↓
Publication

Exemple complet : assistant de support

Problème

Les techniciens mettent trop de temps à retrouver les procédures.

Utilisateurs

Questions

Sources

Concepts

Produit
Incident
Symptôme
Cause
Test
Procédure
Solution
Technicien

Relations

Incident → concerne → Produit
Symptôme → peut indiquer → Cause
Test → vérifie → Cause
Procédure → traite → Cause

Règles

SI voyant rouge
ET connexion absente
ALORS vérifier la synchronisation.

Architecture

Documents
  +
Graphe
  +
Règles
  +
LLM

Tests

Indicateur

Temps moyen nécessaire pour identifier la bonne procédure.

Exemple complet : recommandation de formation

Problème

Proposer un parcours adapté aux compétences du participant.

Concepts

Participant
Compétence
Niveau
Formation
Prérequis
Certification

Relations

Participant → possède → Compétence
Formation → développe → Compétence
Formation → exige → Prérequis

Règle

SI le participant ne possède pas le niveau requis
ALORS recommander une formation préparatoire.

Test

Marie possède le niveau débutant.
La formation avancée exige le niveau intermédiaire.

Résultat attendu :

Recommander la formation intermédiaire.

Les principaux risques

Surmodélisation

Construire un modèle trop vaste avant de tester son utilité.

Sous-modélisation

Créer une simple liste de documents alors que des règles sont nécessaires.

Dépendance à un seul expert

Le modèle reproduit ses biais ou ses habitudes personnelles.

Sources obsolètes

Les anciennes connaissances restent actives.

Absence de gouvernance

Personne ne sait qui doit corriger ou valider.

Automatisation excessive

Le système prend des décisions sans contrôle adapté.

Confusion entre performance du LLM et qualité des connaissances

Un meilleur modèle ne corrige pas une mauvaise base.

Principes de réussite

  1. Commencer par un problème précis.
  2. Définir les questions attendues.
  3. Construire un modèle minimal.
  4. Utiliser des cas réels.
  5. Conserver les sources.
  6. Valider avec plusieurs experts.
  7. Tester les exceptions.
  8. Comparer les solutions simples et complexes.
  9. Déployer progressivement.
  10. Organiser la maintenance dès le début.

À retenir

  1. Un projet de Knowledge Engineering commence par un besoin, pas par un outil.
  2. Les questions de compétence définissent ce que le système doit savoir traiter.
  3. Le périmètre doit rester limité.
  4. Les sources doivent être évaluées.
  5. L’acquisition combine experts, documents, données et observation.
  6. Le vocabulaire précède la modélisation.
  7. Le choix entre taxonomie, ontologie, graphe ou règles dépend de l’usage.
  8. Un modèle minimal doit être testé rapidement.
  9. La provenance est indispensable.
  10. Les tests doivent couvrir les cas fréquents, critiques et exceptionnels.
  11. La gouvernance définit les responsabilités.
  12. La maintenance fait partie du projet dès le départ.

Vérifiez votre compréhension

Quelle est la première étape d’un projet ?

Définir précisément le problème et la décision à soutenir.

À quoi servent les questions de compétence ?

À délimiter le système et à vérifier qu’il répond aux besoins.

Pourquoi commencer par un modèle minimal ?

Pour tester rapidement la valeur du projet et éviter la surmodélisation.

Pourquoi conserver les sources ?

Pour vérifier, expliquer et mettre à jour les connaissances.

Pourquoi tester les exceptions ?

Parce qu’une règle générale peut produire des erreurs dans des situations particulières.

Pourquoi la maintenance doit-elle être prévue dès le début ?

Parce que les connaissances, procédures et règles évoluent.

Questions fréquentes

Combien de temps dure un projet ?

La durée dépend du périmètre. Un prototype ciblé peut être réalisé rapidement, tandis qu’un système d’entreprise peut nécessiter plusieurs itérations.

Faut-il commencer par une ontologie ?

Non. Une taxonomie, un tableau ou une base documentaire enrichie peut suffire pour un premier prototype.

Combien d’experts faut-il consulter ?

Il faut couvrir les principales pratiques et responsabilités. Plusieurs points de vue sont préférables lorsqu’ils existent.

Peut-on automatiser l’acquisition ?

Partiellement. Les LLM et outils d’extraction peuvent proposer des connaissances, mais la validation reste nécessaire.

Comment savoir si le projet est réussi ?

Le système doit améliorer une décision, une recherche ou une tâche mesurable.

Quelle est l’erreur la plus fréquente ?

Construire une solution techniquement complexe sans problème précis ni gouvernance.

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La prochaine étape consiste à découvrir les outils et standards utilisés pour implémenter ces méthodes.

➡️ Outils de Knowledge Engineering : technologies et usages

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